La démarche d’Elodie Brémaud s’inscrit résolument dans le champ de la performance. Cependant sa pratique, qui relève de la prouesse et du record, entre en contradiction avec la définition de la « performance » artistique laquelle exclue le sens premier du terme en français. Si les défis qu’elle se lance sont bien réels, ses actions, très exigeantes physiquement, mettent en déroute les enjeux de la performance, tous sens confondus, et tournent ses logiques en dérision. Ainsi, faire 33 fois le tour de l’île d'Yeu, soit parcourir 1120 km en 33 jours, nécessitera six mois d’entraînement intense, lequel donnera lieu à une évaluation qui ne mesure pas ses réussites mais plutôt son état d’esprit et son humeur. En agissant seule et sans spectateur, mais aussi sans intention autre que celle d’exécuter ses expéditions et programmes sportifs, Elodie Brémaud occupe l’espace et le temps sans souci d’efficacité. A travers une réelle dépense physique, elle développe ainsi un art de l’improductivité qui permet d’établir des relations avec autrui et avec les territoires qu’elle parcourt.

Dominique Abensour,
dans le cadre de MAIS OÙ EST DONC ORNICAR ?
Juillet 013